Arrivé en France au début de la crise financière en 2008, un jeune couple chinois a été envoyé à Paris par une université américaine pour un programme coopératif d’études biologiques. La femme, Nan Zheng, parle de la crise d’un ton léger : « Je suis bien contente de constater une baisse des prix après le désordre financier ». En général, le coût de la vie aux Etats-Unis est beaucoup plus bas qu’en France, mais « grâce » à cette crise, les affiches « soldes » sont plus fréquentes.Cette version optimiste de la crise est partagée par une autre étudiante chinoise, Meizi Wang, qui fait un Master de traduction à Paris depuis septembre dernier. D’après elle, la crise n’est pas une mauvaise chose : « je ne vois aucun changement ni inconvénient dans ma vie. En revanche, j’en profite en ce moment ». Elle explique que toutes ses dépenses sont payées par sa famille en Chine, et que depuis la crise, le taux de change entre euro et rmb yuan (une variante de la monnaie chinoise utilisée entre autres par les expatriés) s’abaisse de plus en plus. « Juste avant mon départ à Paris, un euro valait 10,3 rmbs. Deux mois après, il ne vaut plus que 8,5 à 9 rmbs. »
Pessimisme au travail
Di a 24 ans, il travaille à Paris en contrat à durée déterminé comme informaticien. Il y a trois mois, il a reçu un email lui annonçant un plan de réduction du personnel dans son entreprise : « nous sommes touchés par la crise, c’est une période difficile pour l’industrie hightech ». Face à la réduction de 10% des employés d’ici à deux ans, son espoir de décrocher un CDI s’éloigne. « Je suis sûr que je vais perdre mon travail actuel après deux mois, mais je suis quand même positif pour mon avenir. » Di a envoyé des CV à de nombreuses entreprises d’informatique en France, en Angleterre et aussi en Chine. « Les chances existent partout dans le monde. »
Jing Gao, elle, travaille à Grenoble dans le département marketing d’une filiale d’une entreprise britannique. « Nous produisons des boissons chaudes, surtout du café. Or les Français en consomment beaucoup. » Très touchées par la crise, les entreprises britanniques traversent un hiver plus froid que jamais. Le patron de Jing a annoncé qu’il n’y aura aucune augmentation de revenus cette année. La filiale française pourrait même être fermée. « En revanche, la morosité en Europe me donne une chance de développer le marché chinois. Si tout fonctionne, un projet de coopération franco-chinoise démarrera dans les prochains mois. »
Les affaires chinoises en France et Europe.
Madame Wong est restauratrice à Paris depuis des années. Son restaurant se situe à côté de Belleville, le deuxième quartier de la communauté chinoise après le 13e arrondissement. Parlant de la crise financière, elle a sa propre idée, « Mes clients sont principalement des étudiants et des touristes chinois, des gens loin de la crise ». Son inquiétude s’appuie sur l’augmentation de prix des aliments, « Nous sommes toujours sensibles aux prix, surtout depuis la fin de 2007. » Une grande bouteille d’huile végétale est passée de 36 à 66 euros, et les prix des poissons augmentent même plus : « j’espère que la crise financière pourra réduire cette écart ».
De son côté, Madame Jia explique que ses ventes de vin français en Chine sont suspendus depuis des mois. « Notre problème a commencé avant la crise financière : le passage de la flamme des JO à Paris a refroidi les relations franco-chinoises, cela a déjà touché nos affaires. Ensuite, les jeux olympiques en août ont quasiment interrompu toutes les exploitation, et voilà maintenant la crise mondiale. » Madame Jia et son mari ont beaucoup voyagé pour leurs affaires en Chine et en France, mais l’euro qui se dévalue rapidement leur pose des problèmes : « Plus on vend, plus on perd ».
Chaque année, le Cirque de la Chine fait sa tournée en Europe à l’occasion de Noël et du Nouvel An chinois. Monsieur Ou, un des responsables du cirque confirme une influence négative de la crise sur leurs spectacles en Allemagne. « En général, plus de 90% des places sont réservées très tôt. Mais cette fois, il n’y a que 70% de réservations. » Il pense que les Européens ont plus de travail, ou moins de budget à consacrer aux divertissements. Il conclut néanmoins avec optimisme : « Personne ne peut refuser une pose après le travail, surtout pendant les fêtes, n’est-ce pas ? Et nous avons toujours des habitués. »
Quant aux activités de crédit, le cauchemar vient de commencer. Aucun investissement n’est conseillé en ce moment. Par rapport à la France et Europe, la Chine est relativement épargnée par cette vague mondiale. Di explique que deux conceptions traditionnelles chinoises jouent un rôle important. Premièrement, les Chinois ont l’habitude d’épargner au lieu de recourir au crédit. Même pour les businessmen chinois, la prudence est toujours la priorité. Deuxièmement, ses attitudes positives produisent des espoirs qui mènent ensuite à une confiance importante. « Tout va bien, dit Jing, je le crois forcément. »
En Europe, cela s’appelle la Méthode Coué. En Chine, c’est une philosophie de vie.










